Cher téléchargeur de livres

Publié le par Anne Fakhouri

Cher téléchargeur de livres,

 

Tu permets que je t'appelle comme ça? On ne se connait pas mais j'imagine que, parmi la masse de ceux qui se servent gratuitement sur le net, tu as un travail, un ou une conjoint(e), éventuellement une liseuse (que tu as payée, parce que sinon, ce serait du vol, non?).

J'imagine que comme nous tous, tu aimes les lectures de qualité. Déjà, tu lis. Et comme nous tous, tu voudrais avoir accès à un maximum de choses pour un minimum de fric, parce que, la crise tout ça, la vie est chère...

Je comprends bien, cher téléchargeur de livres.

Moi, depuis que j'ai mis au monde une lectrice qui nous dessoude un poche par après-midi, je trouve la facture librairie assez salée et je me bats pour que le livre pour ados soit moins cher (merci Harry Potter et ses grands formats...), parce que, si le secteur "enfants" est encore accessible, un livre pour ado, ça va dans les 18 euros et déjà, c'est un investissement.

(Au passage, cher téléchargeur de livres, les années 80 ont permis de populariser le livre jeunesse et nous avons là une belle régression, puisque la lecture est de nouveau et TECHNIQUEMENT réservée aux plus riches)

Donc, je te comprends. Vraiment.

Seulement, vois-tu, nous allons avoir un souci, toi et moi.

Je vis de ce métier. Je touche de l'argent pour ce que j'écris (et, renseigne-toi, au taux horaire, c'est un peu à mourir de rire). C'est mon métier. Pas un loisir. Pas un acte artistique gratuit. Un métier.

Comme toi, cher téléchargeur de livres, chaque mois, j'ai des factures, des impondérables, des pleins de course à faire, des fringues à acheter, des films à acheter et des LIVRES à acheter.

On ne va pas rentrer dans le débat de la gratuité de la culture. On est au-dessus de ça, non?

Déjà, parce que personne ne voudra écrire gratuitement du roman populaire ou de la jeunesse (c'est ce que j'écris, cher téléchargeur de livres). Tu me diras, l'Etat devrait financer, et ce serait super, on aurait la culture gratuite, via nos impôts, du moins.

Juste un petit bémol, cher téléchargeur de livres: si l'Etat finance la culture... les subventions culturelles à 100%... si l'Etat fait vivre les auteurs... Tu crois qu'il va faire quoi, l'Etat? Cherche bien, il y a des exemples ... et pas parmi les plus GLORIEUX, si tu vois ce que je veux dire.

(By the way, cher téléchargeur de livres, je te soupçonne fortement d'avoir été Charlie, toi aussi. Interroge toi deux secondes sur la place de la liberté d'expression d'auteurs dépendants d'un gouvernement.)

Donc, moi aussi, j'aimerais bien que la culture soit gratuite. Seulement, elle ne l'est pas.

Le livre que tu télécharges, c'est un peu moins d'argent pour nous. Un peu moins d'argent dans un monde où, comme toi, on doit payer des factures et faire des pleins de courses.

Maintenant que tu sais ça, tu as deux choix, mon ami.

Soit tu comprends le propos et tu achètes ton livre tranquillement.

Soit tu t'en fous et dans ce cas-là, permets-moi de te dire que tu es plutôt du genre Charlie Oleg que Charlie tout court gravement en train de tuer les auteurs à petit feu, ce qui fait qu'à terme, tu n'auras plus rien de correct à télécharger (parce qu'un auteur un tant soit peu conscient de ses propos refusera de bosser au macdo pour te servir de jolies histoires sur un plateau, écrites la nuit, évidemment...)

Moi, je dis ça, c'est pour toi aussi. Mais pas que.

Un jour, peut-être, tu imagineras la situation inverse: tu es informaticien? Cool. Viens me dépanner gratuitement et file-moi un PC neuf au passage (bien que je préférerais un Ibook) (n'hésite pas). Tu bosses dans un restau? Bah, je paie pas. Désolée. J'estime que la nourriture terrestre (ah ah ah) doit être gratuite, puisque la spirituelle l'est...

Tu dis quoi? Tu es chômeur? Envoie-moi un mail. Je t'offrirai sans doute un de mes bouquins avec plaisir.

Parce que tu vois, téléchargeur de livres qui va sur des sites qui prônent la liberté, ma liberté à moi, c'est de faire des cadeaux à qui je veux et surtout quand je le veux. D'écrire des nouvelles gratuites quand je le veux. D'avoir la possibilité de faire mon métier correctement.

D'aller dans un magasin ou sur un site et de m'acheter des livres (parce que moi, je les achète) sans me demander si ça ne va pas crever mon budget. Tu vois, on a un autre point commun.

 

Voilà. Mais on s'aime bien quand même hein?

Parce que je sais bien que parmi tes amis téléchargeurs, il y en a qui achètent aussi les livres papier. Mais pas tant que ça.

Parce que tu trouves les livres trop chers (moi aussi).

Parce que tu ne connais pas bien l'industrie du livre et que tu n'as pas compris que les livres seront de plus en plus chers, si on les télécharge de plus en plus. Que tu n'as pas conscience que c'est aussi l'éditeur et le libraire que tu menaces (et tout un tas d'autres gens) (des professionnels) (si si) (même des magasiniers qui gagnent le SMIC) (ça te suffit, comme pathos, ou je continue?) 

Parce que tu imagines qu'on est tous Marc Levy ou qu'on dépense notre fric dans des putes et de la coke des yachts ou des machines à espresso pour le bureau de nos amis flics américains (je kiffe Castle, l'auteur qui n'écrit jamais)

Parce que tu estimes que ce n'est pas du vol, alors que ça en est, clairement. Tu me voles, moi. C'est un peu comme si j'allais ponctionner ton salaire à la source, tu vois?

Parce que tu penses que les liseuses, c'est une mode qui ne prendra jamais de vraie ampleur (vois donc les US).

Parce que tu ne veux pas prendre de risques (c'est dommage, toute lecture en est un) et donc dilapider ton argent durement gagné (oh? J'oublie tout le temps que l'écriture est une franche rigolade et que c'est facile comme tout...) (mais je fais ça par passion) (petit coeur - slash - petit coeur).

Je ne t'en veux pas, donc, mais j'aimerais que tu cesses.

Allez, on se fait un bisou !

 

(image d'un de mes livres / accrochez-vous au propos initial )

Cher téléchargeur de livres

Publié dans Va ranger ta vie !

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